Toujours se méfier des donneurs de leçons …

En octobre 2017, un collègue et moi-même étions intervenus dans la presse pour faire connaître le manque de transparence dans la nomination de Stéphane Pallage comme recteur de l’université de Luxembourg ainsi que le profil plutôt dérangeant du concerné. Aujourd'hui, le président du conseil de la même université est sous le coup de graves accusations de corruption sans provoquer la moindre réaction de la part de la communauté universitaire locale ...

En octobre 2017, un collègue et moi-même (je travaillais alors à l’université de Luxembourg) étions intervenus dans la presse pour faire connaître le manque de transparence dans la nomination de Stéphane Pallage comme recteur de l’université de Luxembourg ainsi que le profil plutôt dérangeant du concerné.

En parfait défenseur du système néolibéral, Stéphane Pallage soutient dans plusieurs publications que le travail des enfants, jusque dans ses pires formes (prostitution), était profitable pour certaines familles vivant dans des conditions d’extrême pauvreté, les pourvoyant en ressources et den capital humain. Donneur de leçon, il critique la posture morale des Occidentaux hostiles au travail des enfants en renvoyant à leur bien-pensance et à leur méconnaissance de la situation de parents acculés à une telle décision. Ce faisant, il se passe bien de spécifier que les occidentaux que nous sommes sont en grande partie responsables des déséquilibres mondiaux. Même attitude quand, pour s’opposer au principe de l’aide humanitaire, il pointe la nécessaire responsabilisation des États et condamne ce qu’il appelle l’assistanat, oublieux là encore de la responsabilité de l’ordre mondial dominé par l’occident qui produit, entretient et même accuse les déséquilibres.

Cette prise de position dans la presse, argumentée et justifiée, nous a alors valu de nombreuses critiques. Le vice-recteur de l’époque, Ludwig Neyses, s’était fendu d’une lettre larmoyante à tous les personnels de l’université dont le but premier était l’intimidation : évoquant sa ‘tristesse de scientifique’ de voir un collègue (ledit Pallage) malmené, il convoquait de manière contradictoire la liberté académique pour dire que ce que nous avions fait était impardonnable et méritait même des poursuites – chose qu’il s’abstint bien de faire, évidemment, ç’eût été irrecevable.

Mais nos bons notables s’étaient donné le ton et avaient choisi leur camp. Lors de la cérémonie de prise de fonction du nouveau recteur Stéphane Pallage le 15 janvier 2018, Yves Elsen, le président du Conseil de Gouvernance de l’Université de Luxembourg, ouvrait son discours en évoquant les remous provoqués par notre action inconsidérée, nous comparant à des gamins écervelés et immatures.

Depuis quelques années, le même Elsen, patron d’Hitec, est pourtant sous le coup de graves accusations de corruption. Il a même été inculpé en juillet 2021, l’affaire ne s’étant pas arrêtée là, comme le montre un nouvel article paru chez Reporter : « Escroquerie fiscale. Un deuxième dirigeant de Hitec condamné »

Alors si je comprends bien, ce sont les pourris qui sont les plus à même de donner des leçons dans le monde d’aujourd’hui ?

Eloise Adde
Eloise Adde
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