Petit retour sur The Dawn of Everything

Dans les sociétés primitives, le sacré et le privé étaient circonscrits à des lieux et des rites bien codifiés et limités. La question est donc de savoir comment ils ont envahi toutes les sphères de la société pour la structurer sur le mode de la domination des uns par quelques autres.

Dans ce livre, David Graeber et David Wengrow veulent comprendre l’origine du pouvoir. Pour eux, le problème n’est pas temps celui des inégalités qui semblent avoir toujours existé, même dans les sociétés primitives, mais de leur instrumentalisation pour exercer un pouvoir sur les autres. La notion de sacré semble avoir joué un rôle essentiel. Dans les sociétés primitives, le sacré et le privé étaient circonscrits à des lieux et des rites bien codifiés et limités. La question est donc de savoir comment ils ont envahi toutes les sphères de la société pour la structurer sur le mode de la domination des uns par quelques autres.

Venant aux mêmes conclusions mais par un cheminement différent, Pierre Clastres écrivait à ce propos :

Dans le discours du prophète gît peut-être en germe le discours du pouvoir et, sous les traits exaltés du meneur d’hommes qui dit le désir des hommes se dissimule peut-être la figure du Despote. Parole prophétique, pouvoir de cette parole : aurions-nous là le lieu originaire du pouvoir tout court, le commencement de l’État dans le Verbe ? Prophètes conquérants des âmes avant d’être maîtres des hommes ? Peut-être. Mais, jusque dans l’expérience extrême du prophétisme (parce que sans doute la société tupi-guarani avait atteint, pour des raisons démographiques ou autres, les limites extrêmes qui déterminent une société comme société primitive), ce que nous montrent les Sauvages, c’est l’effort permanent pour empêcher les chefs d’être des chefs, c’est le refus de l’unification, c’est le travail de conjuration de l’Un, de l’État. L’histoire des peuples qui ont une histoire est, dit-on, l’histoire de la lutte des classes. L’histoire des peuples sans histoire, c’est, dira-t-on avec autant de vérité au moins, l’histoire de leur lutte contre l’État.

(Pierre Clastres, La société contre l’État, 1974, p. 185-186.)

Eloise Adde
Eloise Adde
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