Punir (Didier Fassin)

Par-delà le débat actuel sur les conceptions juridiques et philosophiques – utilitariste et rétributiviste, tournées vers l’avenir et la rééducation pour la première et vers le passé et l’expiation pour la seconde –, Fassin rappelle également « la part maudite » voilée, qui se cache derrière les discussions sur le châtiment.

Dans son livre Punir (2017), Didier Fassin rappelle le côté proprement culturel et historique de l’idée et de la pratique de la punition et du châtiment, qui ne vont donc nullement de soi. Par-delà le débat actuel sur les conceptions juridiques et philosophiques – utilitariste et rétributiviste, tournées vers l’avenir et la rééducation pour la première et vers le passé et l’expiation pour la seconde –, Fassin rappelle également « la part maudite » voilée, qui se cache derrière les discussions sur le châtiment : le plaisir de faire le mal, la jouissance pure et simple de faire souffrir.

Cet élément risque d’avoir toute son importance dans le contexte des changements discursifs (journalistiques), politiques et sociaux dont nous avons témoigné ces deux dernières années. Mis à part les interprétations plus aventureuses et sensationnalistes de la « psychose collective », dont le concept et les critères d’évaluation sociopsychologiques seraient encore à construire, et à côté des tentatives plus intéressantes de reconstituer les phénomènes quasi-religieux (le « culte » du Covid selon l’expression C. J. Hopkins), identitaires, sans oublier les interprétations conspirationnistes – influences financières, politiques du pouvoir, impérialisme économique, opportunismes – les plus sérieuses (B. Stiegler – philosophie, S. Hennette-Vauchez – droit, M. Blumenthal – journalisme, etc.), il serait certainement intéressant de se pencher sur le plaisir de punir, sur la jouissance de commander, sur le bonheur de la mise-à-mort sociale, sur la volupté de la dénonciation et la délectation du commandement, etc. qui animaient les discours de la rationalité scientifique, de la solidarité moralisée et des bons sentiments du nouveau collectivisme autoritaire … Une autre analyse – pulsionnelle – de certaines institutions étatiques s’y profile en même temps.

« C’est encore chez Nietzsche qu’il faut chercher l’exploration de cette relation trouble au châtiment : « la volupté « faire le mal pour le plaisir de le faire , formule qu’il emploie en français. . Punir n’est pas simplement rendre un mal pour un mal; ‘est produire une souffrance gratuite, qui s’ajoute à la sanction, pour la seule satisfaction de savoir que le coupable souffre. Il y a donc dans l’acte de punir quelque chose qui résiste à l’examen rationnel ou, plus exactement, qui résiste à sa description comme un fait rationnel : une pulsion, plus ou moins refoulée, dont la société délègue les effets à certaines institutions et professions. »

(Fassin, D. (2017). Punir : Une passion contemporaine. Éditions du Seuil.)

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Thierry Simonelli
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